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dimanche 14 juin 2020

au-dessus des foules obscures • peter-illich tchaïkovsky, symphonies 4, 5, 6 - evgueni mravinski, orchestre philharmonique de leningrad (1960)




Depuis la publication de cet album, l’interprétation de ces trois Symphonies par Mravinski fait autorité. C’est tout dire à la fois sur les qualités musicales et techniques de ces précieux disques. Mravinski utilise à fond les ressources dynamiques de son orchestre, exigeant le maximum des instruments à vent. Les cordes sont chauffées à blanc ou, au contraire, d’une couleur sombre très tchaïkovskienne. Après avoir entendu la Philharmonie de Leningrad dans ces conditions, l’auditeur a du mal à entendre autre chose. Indispensable.

Symphonie n°4 : jamais la tension de cette Symphonie n’a éclaté avec autant de violence que sous l’autorité de Mravinski. Le thème du destin claque à chaque fois d’une manière implacable. Il faut avoir entendu les pizzicati du troisième mouvement où les cordes sont transformées en une sorte de balalaïka fantastique. Fabuleux !

Symphonie n°5 : Mravinski est le seul à restituer cette Symphonie dans sa vraie dimension. On y trouve une sorte de relais entre les Symphonies n°4 et n°6, un moment d’abandon. Il sait trouver les plans expressifs, les attentes, les nervosités, les empâtements de l’âme et du cœur.

Symphonie n°6 : Mravinski empoigne et subjugue son auditeur d’emblée. Le drame est présent à tous moments, sans relâche. Son troisième mouvement est une marche fantastique, écrasante, visionnaire. Il est le seul chef à donner une unité organique au triptyque des trois dernières symphonies. Un document. (Diapason, Dictionnaire des disques, Editions Robert Laffont, Bouquins)


Pyotr Ilyich Tchaikovsky, Symphonies n°4,5,6.

Symphony #4 In F Minor, Op. 36
1. Andante Sostenuto, Moderato Con Anima (00:00)
 2. Andantino In Modo Di Canzona (18:44)
3. Scherzo_ Pizzicato Ostinato, Allegro (28:02)
4. Finale_ Allegro Con Fuoco (33:52)

Symphony #5 In E Minor, Op. 64
1. Andante, Allegro Con Anima (41:50)
2. Andante Cantabile, Con Alcuna Licenza (56:23)
3. Valse_ Allegro Moderato (1:08:18)
4. Finale_ Andante Maestoso, Allegro Vivo (1:13:45)

Symphony #6 In B Minor, Op. 74, _Pathétique
1. Adagio, Allegro Non Troppo (1:24:49)
2. Allegro Con Grazia (1:42:28)
3. Allegro Molto Vivace (1:50:35)
4. Finale_ Adagio Lamentoso, Andante (1:58:57)

Leningrad Philharmonic Orchestra
Evgueni Mravinski, direction

Recorded in 1960

dimanche 24 mai 2020

au-dessus des foules obscures • vladimir horowitz (p), arturp toscanini (d) - peter-illich tchaikovsky, concerto n°1 pour piano et orchestre (1943)




En cet après-midi du 25 avril 1943 eu lieu à Carnegie Hall un concert probablement unique dans l'histoire. Pour être admis dans la salle de concert, il ne fallait pas présenter de ticket d'entrée, il fallait seulement acheter des bons de la défense nationale. C'est Arturo Toscanini et Vladimir Horowitz qui donnait ce concert. Ils avaient renoncé à tout le cachet pour ce programme entièrement consacré à Tchaikovsky. Une autre particularité de cette manifestation fut la vente aux enchères - encore une fois contre des bons de la défense nationale - du manuscrit de l'orchestration que le maestro Toscanini avait fait de l'Hymne Américain. La recette fut de 11 millions de dollars. Tous ceux qui se trouvaient cet après-midi à Carnegie Hall ne se ne sont pas près d'oublier ce moment. Chaque concert de Toscanini ou d’Horowitz se déroule toujours dans une atmosphère chargée d'électricité. Cette fois-ci c'était de la haute tension. Une émotion considérable s'était emparée de la salle et cette émotion se transmit aux artistes. Tout le secret de ce grand moment musical réside dans cette atmosphère exceptionnelle on se rejoignent et la qualité de la musique, le talent des interprètes et la ferveur de l'assistance. Il est heureux que cette exécution unique du Concerto n°1 de Tchaikovsky n'est pas disparu au moment où len raisonnait la dernière note en cet après-midi du 25 avril 1943. Un enregistrement en avait été exécuté et enregistrement le voici. Nous sommes tous persuadés qu'il s'agit là non seulement d’un document historique, mais aussi d'une expérience musicale unique en son genre, unique au sens le plus vrai de ce mot tellement galvaudé. C'est la raison pour laquelle nous avons décidé d'offrir aux mélomanes cet enregistrement prestigieux. (RCA)


Vladimir Horowitz; Arturo Toscanini: NBC Symphony Orchestra
April 25 1943,in concert at Carnegie Hall
Live

vendredi 15 mai 2020

au-dessus des foules obscures • alfred cortot (p), jacques thibaud (v), pablo casals (vc) - ludwig van beethoven, trio « l’archiduc » (1928)



La chronologie et les préséances s’accordent pour mettre au premier rang des pionniers de la musique de chambre Cortot, Thibaud et Casals. Joachim et Ysaye avant eux avaient fondé des quatuors, et évidemment joué en duo avec des pianistes (Brahms même ! ou Pugno). Mais le trio avec piano ? Il exige des instrumentistes superbes et un pianiste transcendant. Donc trois individus d’exception, trois solistes, trois destins musicaux. Trois solitudes peut-être. Mais, entre elles, la connivence, les concessions mutuelles, le mariage presque, qui coûtent si peu à des associations permanentes d’individualités plus modestes comme le quatuor à cordes. Beethoven, Schubert et Brahms, dont les Trios sont les trésors de la musique de chambre mondiale, demandent trois immenses solistes, qui sachent exiger d’eux-mêmes cette humble et fervente complicité. Cortot, Thibaud et Casals pouvaient bien prétendre au premier rang mondial, chacun dans sa spécialité. Réunis, ce qu’ils ont fait passer au premier rang de la musique mondiale, c’est leur princier répertoire.

Chacun d’entre eux y a appris les bienfaits de la concertation : confrontation à niveau égal, égards mutuels, échange. On apprend ainsi l’écoute. Le fait de jouer ne dispense pas l’exécutant d’écouter ! Les plus grands pianistes ont toujours dit ce qu’ils ont appris au contact des grands chanteurs, naturellement capables d’un legato et d’un portamento auxquels, mécaniquement, le clavier se refuserait. Cortot l’a confessé. Thibaud et Casals, avec leurs cordes lyriques et leur merveilleuse continuité d’archet, l’ont aidé à faire chanter son piano, à l’affranchir des servitudes percussives qui sont d’abord les siennes.

Toute la musique de chambre de Beethoven est placée elle-même sous l’invocation liminaire qui donne le ton de sa Sonate à Kreutzer : in stilo concertante. Des individualités se toisent, se défient, se provoquent. Le Trio à l’Archiduc est de 1811. Dans ses Quatuors, Beethoven en est déjà aux stridences et à l’intensité du Onzième. Ici il fait concerter dans la plus jaillissante confrontation objective, trois grandes voix solistes. On ne trouvera guère dans sa musique de départ plus heureux, plus affirmatifs, plus allant. Le scherzo ne démentira pas cette ostensible aisance. Pourtant le cantabile de l’andante dénoncera Beethoven. Ici le chant est étouffements, entrecoupements. Trois grandes voix nous font entendre ce qu’aucun tissus symphonique ne saurait montrer : les silences, presque plus sonores et si éloquents que la musique même. Pour oser cette sainte impudeur, il faut, à nu, d’immenses individualités. Pour nous faire entrer ainsi dans le secret de la solitude créatrice, il n’a pas fallu de moindres guides que Cortot, Thibaud et Casals. Rien n’a démodé leurs lectures qui furent les toutes premières : ni la perfection technique de ceux qui ont suivi, ni l’évolution du goût. Elles ont gardé la saveur irremplaçable de la première fois. Elles révélaient un Beethoven dans sa chambre, accessible. Pas le Titan, l’homme, il est plus terrible encore. (André Tubeuf)

Ludwig van Beethoven: Piano Trio in B flat, Op.97 "Archduke"
00:00 - 1. Allegro moderato
09:39 - 2. Scherzo (Allegro) & Trio
16:21 - 3. Andante cantabile ma però moto -
29:36 - 4. Allegro moderato

Alfred Cortot, piano
Jacques Thibaud, violin
Pablo Casals, cello

(recorded: 18 & 19.XI.1928, Small Queen's Hall, London)

lundi 4 mai 2020

au-dessus les foules obscures • giuseppe verdi, don carlos, opéra en 5 actes ((version originale et intégrale en langue française de 1867)


Don Carlos, DVD


Créé à l’opéra de Paris le 11 mars 1867, Don Carlos est unique dans l’histoire de l’opéra puisqu’il en existe 7 versions :

- 4 en langue française (1. Celle en 5 actes qu’aurait souhaité Verdi qui comprend la totalité de ce qu’il a composé et qui n’a jamais été joué. 2. Celle de la générale à Paris, en 5 actes avec coupures et ballet. 3. Celle du 11 mars, 1e représentation, en 5 actes avec de nouvelles coupures. 4. Celle du 13 mars, 2e représentation, en 5 actes avec de nouvelles coupures de 255 mesures).  

- 3 en langue italienne, traduction du texte français (5. Celle en 5 actes pour Naples (1872). Version n°3 avec quelques modifications. 6. Celle en 4 actes pour la Scala de Milan (1884). Version considérablement raccourcie avec suppression du 1e acte et du ballet. 7. Celle en 5 actes pour Modène (1886) avec rétablissement du 1e acte avec coupure et sans ballet.

Au travers de Don Carlos, Verdi a voulu explorer 3 thèmes :

1. La solitude du pouvoir incarnée par Philippe II, Roi d’Espagne ( 5 ans plus tard -1872-, Moussorgski s’en souviendra avec Boris Godounov).
2. Le fanatisme et l’intolérance de la religion avec le Grand Inquisiteur.
3. L’amour contrarié de Don Carlos (fils du Roi) et d’Elisabeth (épouse du Roi) qui engendre la jalousie, la jalousie du Roi envers la Reine qu’il soupçonne d’avoir son fils pour amant et la jalousie de la Princesse Eboli (1e Dame d’honneur de la Reine) envers Don Carlos qu’elle soupçonne d’aimer la Reine.

Mais, dans cet opéra, le sujet principal est le pouvoir de l’Etat qui cède devant le pouvoir de l’Eglise, l’histoire d’amour passant au second plan et permettant simplement de provoquer les situations.

En choisissant Schiller, écrivain et dramaturge allemand et en confiant l’adaptation à ses deux librettistes Méry et Dulocle, Verdi a construit, à quelques détails près, une histoire tout à fait crédible, pas très lointaine d’une certaine réalité.

Charles-Quint apparait sous la forme d’un fantôme qui va hanter tout l’opéra un peu comme le Commandeur dans Don Giovanni de Mozart.

Phillipe II (similitude avec Boris Godounov) est la figure centrale de l’œuvre, à tel point que Verdi a songé à intituler son opéra : « Philippe II ou la solitude du pouvoir ». Il épouse la fiancée de son fils qu’il sacrifie sous les ordres du Grand Inquisiteur : « L’orgueil du Roi fléchit devant l’orgueil du prêtre. »

Elisabeth apparaît au 1e acte à Fontainebleau, chez elle, à la cour du Roi de France Henri II. Elle est souriante, gracieuse et ne rêve que de bonheur. Dès le 2e acte, en Espagne, mariée au Roi d’Espagne, elle ne ressent que désolation et souffrance. La nécessité politique l’a condamnée au mariage sans amour. Elle a épousé le père de Don Carlos, l’homme qu’elle aime en se sacrifiant, généreuse et noble, pour que cesse la guerre entre la France et l’Espagne.

Don Carlos emporté par l’amour et les illusions ne parvient pas à surmonter sa passion pour Elisabeth. Après la plénitude de la rencontre au 1e acte, il va passer par le désespoir, le déchirement et les adieux.

Rodrigue, Marquis de Posa cultive une amitié sans concession pour Don Carlos. Il est épris de vérité et de liberté. Il est audacieux. Il prend sur lui les fautes de Carlos ce qui souligne sa noblesse et son dévouement sans limite. Il meurt assassiné, victime d’un complot.

La Princesse Eboli, 1e Dame d’honneur d’Elisabeth et confidente, ancienne maîtresse de Philippe II, est amoureuse de Don Carlos pour lequel sa jalousie passionnée tourne à la rage. Elle est un personnage noir qui aime les combines, le déguisement et qui en viendra à maudire sa beauté.

Le Grand Inquisiteur, odieux personnage de 99 ans, est aveugle au sens propre comme au sens figuré. C’est un puissant vieillard borné, maître de l’inquisition. Historiquement – et Verdi l’a voulu ainsi -, il incarne magistralement Pie IX, un des papes le plus rétrograde de l’histoire de la religion, qui a semé la terreur entre 1845 et 1866 par son attitude intransigeante. Il s’est opposé à l’Unité Italienne. Il a condamné le socialisme, le rationalisme, le libéralisme du monde moderne pour prouver l’infaillibilité du pouvoir pontifical. C’est celui même que Jean-Paul II a canonisé quelques temps avant sa mort. La presse révoltée en a d’ailleurs fait largement l’écho.

Don Carlos, l’opéra en lui-même, est l’apothéose du grand opéra historique avec en toile de fond le conflit permanent vie publique/vie privée, Eglise/Etat, despotisme/libéralisme, catholicisme/protestantisme, doublé d’une histoire d’amours contrariés. Don Carlos est le modèle même de l’opéra du « clair-obscur », tout à fait propre à Verdi. C’est l’opposition joie/douleur, rires/larmes, lumière/ombre et tonalités majeures/mineures. Mais aussi l’opposition réalisme/irréalisme par un sujet historique et politique opposé à ce fantôme de Charles-Quint qui hante tout l’opéra et sauvera son petit-fils au rideau final.

Don Carlos reste avant tout un opéra politique. L’amour Carlos/Elisabeth est rompu par la raison d’Etat. L’opposition Philippe II/Rodrigue concerne la politique étrangère de l’Espagne avec l’annexion des Flandres. La démarche amoureuse de Carlos auprès de sa belle-mère est assimilée à une insubordination envers son père. Le Grand Inquisiteur prend une place primordiale en bafouant l’Etat.

Dans ce drame du pouvoir, il y a un sentiment permanent d’impuissance et de solitude. Eboli est broyée par son amour et ses intrigues. Elisabeth ne vit que par ses souvenirs. Rodrigue ne sort jamais de ses rêveries héroïques. Carlos est faible, vaincu par avance, Philippe II est un homme fatigué, amer, ravagé par le manque d’amour.

Don Carlos est aussi une tragédie passionnelle qui accentue la fracture entre l’individu, ses aspirations, ses désirs et le poison social. La mort plane sur cette fresque de personnages perdus dans leur solitude.

L’or et le noir sont les couleurs dominantes, l’or pour les fastes de la cour, le noir pour la nuit et la mort, mort matérialisée par le couvent de Saint-Just qui abrite le tombeau de Charles-Quint. Cette nuit qui est le néant est aussi la seule paix qui puisse apaiser les êtres humains.

Hervé Auguste Gallien

Don Carlos, vynile




GUISEPPE VERDI, DON CARLOS
Opéra en 5 actes
(version originale et intégrale en langue française de 1867)

Joseph Rouleau, basse (Philippe II, Roi d’Espagne)
André Turp, ténor (Don Carlos, infant d’Espagne)
Robert Savoie, baryton (Rodrique, marquis de Posa)
Edith Tremblay, soprano (Elisabeth de Valois)
Michelle Vilma, mezzo-soprano (Princesse Eboli)
Richard Van Allan, basse (Le Grand Inquisiteur)
Gillian Knight, mezzo-soprano (Thibault, page d’Elisabeth de Valois)
Emile Belcourt, ténor (Le Comte de Lerme)
Robert Lloyd, basse (Un moine)
Geoffrey Shovelton, ténor (Un héraut royal)
Prudence Lloyd, soprano (Une voix venant du ciel)

BBC Concert Orchestra
John Matheson, direction

Enregistrement de la BBC retransmis le 10 juin 1973 et enregistré le 22 avril 1972 au Camden Théâtre de Londres.

Cette version de 1973, quoiqu’il en soit, est indispensable parce ce que chantée réellement en français, souvent très bien et conforme à ce que Verdi fit répéter à l’opéra de Paris avant les ultimes coupures,  avec travestissement, ballet et mouture originale du rôle de Posa. La direction claire et équilibrée de John Matheson surclasse assez souvent les Karajan, Abbado, Santini… malgré le direct en public, touchant parfois au très grand, comme la marche des suppliciés et nous confirme la justesse des tempi métronomiques de Verdi, puisque sa durée – 3h51’ – est à quatre minutes près celle du tableau de service de l’opéra de Paris du 24 février 1867. Les découvertes sont ici nombreuses et souvent heureuses. Beaucoup de pages surprendront comme la longue et grandiose conclusion. Les trilles et toutes les nuances de Savoie, les couleurs admirables de Turp, l’exactitude imposante et sensuelle de Vilma, la voix et la classe de Rouleau et Van Allen, la grande voix de falcon au grave chaud et l’aigu royal et fragile de Tremblay concours à la réussite de cet exceptionnel enregistrement.


ACTE 1 
(XVIe siècle en France dans la forêt de Fontainebleau)

L’infant Don Carlos s’éprend d’Elisabeth de Valois que son père, le roi Philippe II, va épouser. Les deux jeunes gens se séparent, désespérés.


ACTE II 
(Plus tard en Espagne)

Lié d’amitié avec le Marquis de Posa, Don Carlos embrasse la cause des Flamands persécutés par l’Inquisition. Posa cependant lui ménage une entrevue avec Elisabeth, mais le Roi survient et conçoit des soupçons.


ACTE III

La princesse Eboli, ancienne maîtresse du roi et amoureuse de l’infant, et repoussée per ce dernier. Elle jure sa perte. Cependant, Don Carlos, à la tête de délégués flamands, implore pour eux la grâce royale. Devant le refus de son père, il tire l’épée contre lui et le roi de fait arrêter.


ACTE IV

Philippe II comprend douloureusement qu’Elisabeth ne l’a jamais aimé. Le Grand Inquisiteur se présente et réclame la tête de Posa. Puis survient la reine. Philippe II l’accuse d’adultère, tandis qu’Eboli s’accuse à son tour d’avoir injustement suspecté la reine. Dans la prison de Don Carlos, Posa – qui se sait condamné par l’Inquisiteur – vient faire ses adieux à son ami. Mais un coup de feu l’abat. Philippe II veut pardonner à son fils, mais à présent, celui-ci se détache de lui.


ACTE V

Don Carlos prend congé d’Elisabeth puis s’enfonce dans l’ombre d’un cloître où l’entraine l’empereur défunt Charles-Quint.

samedi 2 mai 2020

au-dessus des foules obscures • marguerite long, pianiste – maurice ravel, concerto en sol (1932)




Avec quoi écrirait-on l’Histoire, si ce n’est avec la personnalité ? Et la personnalité de Marguerite Long a été cela, exactement : le témoin d’un siècle où s’est faite de si étonnante façon la musique française. Il y a eu Cortot, certes : mais son nom restera peut-être, dans l’Histoire, plus associé à ceux de Schumann ou de Chopin. Quant à Debussy et Ravel, n’est-il pas vrai de dire que sans Marguerite Long, c’est à un étranger, Ricardo Vines, qu’il appartiendrait de leur avoir donné une voix ? Car la France produit des virtuoses certes, et des musiciens. Mais il n’est pas habituel que ceux-ci associent leurs efforts et leur nom à la musique de leur temps. Marguerite Long a créé la Ballade de Fauré, quelques-unes des Etudes de Debussy et de Ravel, outre le Concerto en sol majeur, le Tombeau de Couperin : cette partition même qui, à Montfort-l’Amaury, se trouvait sur le piano à jamais muet de Ravel, à côté de ses lunettes laissées là. Championnant  ainsi les musiciens et la musique de son temps (alors que sa vision classique la disposait à Beethoven aussi bien, qu’elle a du reste enregistré avec non moindre que Weingartner, ou à Mozart, dont elle avait le toucher incomparable), Marguerite Long a eu la chance historique, enfin ménagée par le disque devenu adulte, de pouvoir laisser à l’éternité des témoignages sonores et vivants de sa collaboration avec ses maîtres et amis : ainsi ce Concerto en sol, joué comme on rêve, en communion avec Ravel qui n’allait pas tarder à mourir, et qui entre ici vivant dans sa propre immortalité. Rare témoignage qui préserve pour tous les temps de spontanéité d’une première fois qui était aussi en l’occurrence, une fois pour toutes. Cette poésie chantante des avenues de rêve et de son fait lumière qu’ouvre le mystérieux andante, qui d’autre a su lui donner ainsi l’évidence, qui en même temps est son secret ? Il y fallait des doigts français, poètes plus que jolis, il y fallait une sensibilité française. Et surtout il n’y fallait aucun dogmatisme, parce qu’elle avait tout vu et tout entendu, parce qu’elle avait enregistré au Conservatoire de Paris dès 1906 (à 32 ans), parce qu’un plein demi-siècle elle avait régné sur des générations d’aspirants pianistes (Bruno Leonardo Gelber ne fut-il pas le dernier à saisir d’elle le secret de ses doigts poètes ?), parce qu’elle a attaché son nom à celui de Jacques Thibaud) à un des rares concours internationaux qui fassent vraiment de l’exception une sorte de régie. Pourtant qu’on écoute Marguerite Long. Rien de dogmatique ici. Quoiqu’elle soit avec Ravel, elle ne prétend pas nous dire la vérité sur Ravel. Elle laisse parler la musique. Elle-même effacée, elle-même en retrait, elle semble écouter plutôt que parler. Une fausse note ne la surprendrait pas, ne la scandaliserait pas. Elle y verrait peut-être la preuve qu’il s’agit de musique vivante, cette vivante passionnée, cette indomptable qui, près de quatre-vingt-dix ans su vivre de musique et avec la musique vivante. (André Tubeuf)

Maurice Ravel, Concerto en sol majeur pour piano et orchestre
1. Allegramente
2. Adagio assaï
3. Presto  

Marguerite Long, piano
Orchestre Symphonique
Maurice Ravel, direction

Enregistré en avril 1932

Marguerite Marie Charlotte Long, née à Nîmes le 13 novembre 1874 et morte à Paris le 13 février 1966, est une pianiste française de renommée internationale. Elle excella dans le répertoire français de l'époque moderne, mais aussi dans Chopin et les romantiques

mercredi 29 avril 2020

au-dessus des foules obscures • wilhelm furtwängler, chef d’orchestre – ludwig van beethoven, symphonie n°9 en ré mineur (bayreuth 1951)




La revanche de Furtwängler sur l’Histoire, en ce début des années 50, c’était Salzbourg. A tort ou à raison, aux années noires de la montée du nazisme, il avait estimé que sa place était dans son pays : et non point seulement pour aider les musiciens juifs à demeurer des hommes. Tout simplement, plus simplement, pour faire en sorte que les musiciens demeurent des musiciens, et que la musique demeure l’espérance des hommes. Telle avait été, pour cet homme chargé d’honneurs qu’il ne sollicitait pas, et qu’il porta avec une dignité amère, sa clandestinité. La musique en ces temps, on l’a dit, c’était la contrebande de la liberté.

Mais Bayreuth, ce fut l’apothéose et, mieux encore que l’apothéose, tout simplement : l’accomplissement. Là, avant la guerre, il avait dirigé un Ring et un Parsifal inoubliables. Là, pendant la guerre, avec ce peu d’artistes de qualité qui lui restait disponibles, et dans des conditions précaires, il avait donné cet ultime Meistersinger des festivals que le disque a miraculeusement ressuscité. Comme on avait pu penser que Furtwängler ne serait jamais débâillonné, on avait pu croire que Bayreuth ne se relèverait jamais de la guerre et de ses ruines, de l’avant-guerre et de ses fautes. Pourtant tous deux retrouvaient la parole : et pour ouvrir l’ère du Nouveau Bayreuth, certes c’est Karajan et Knappertsbusch (avec Wieland Wagner maître d’œuvre de visions nouvelles) qui dirigeaient les opéras. Mais l’acte solennel, l’accomplissement sublime, c’est Furtwängler qui l’assuma : comme Wagner, en 1876, avant d’inaugurer son Palais des Festivals, qui serait voué à sa seule musique, avait sollicité l’auguste parrainage de Beethoven, dirigeant lui-même la IXe Symphonie au Théâtre de la Margravine, ainsi, la veille du grand jour (et trois quarts de siècle tout juste après Wagner), Furtwängler bénissait Bayreuth renaissant en dirigeant la IXe Symphonie. De l’œuvre immense, il a donné des lectures plus incandescentes et plus furieusement sublimées. Mais aucune fois la circonstance n’avait été si vénérablement solennelle. Le disque était là. Ce qu’il a fixé c’est un instant mystique de l’Histoire de l’Occident. (André Tubeuf)

Ludwig van Beethoven, Symphonie n°9 en rémineur, op125, avec Chœurs
1. Allegro ma non troppo, un poco maestoso
2. Molto vivace
3. Adagio molto e cantabile, Andante moderato, Adagio
4. Adagio, Allegro molto e vivace

Elisabeth Schwarzkopf, soprano
Elisabeth Höngen, contralto
Hans Hopf, ténor
Otto Edelmann, basse

Chœurs et Orchestre du Festival de Bayreuth
Direction, Wilhelm Furtwängler

Enregistré au Festspielhaus de Bayreuth le 29 juillet 1951

Wilhelm Furtwängler, né le janvier 1886 à Berlin et mort le novembre 1954 à Baden-Baden, est un chef d'orchestre et compositeur allemand

Il fut l'un des plus importants chefs d'orchestre de l'histoire de la musique classique occidentale, notamment grâce à ses interprétations de la musique symphonique allemande et autrichienne qui font encore référence pour les musicologues et les interprètes actuels.

mardi 28 avril 2020

cinéma • brunot dumont, l’humanité (1999)




L’Humanité, film de Bruno Dumont
avec Emmanuel Schotte, Séverine Caneele, Philippe Tullier
France 1999



Voici l’histoire d’un homme simple, jeune, qui sait peu et espère en chacun de nous. Inspecteur de police Pharaon Dewynter. L’histoire de sa vie naïve. Un homme strict et humble qui reprend sur lui le mal d’autrui et qui, sans fin souffre de cette sympathie … Son travail, une enquête sordide, découvre lentement son désespoir et l’effroi de sa propre culpabilité, une culpabilité universelle, celle de notre monstrueuse nature. Voici son sacrifice.
« Dumont revient obstinément à cette question aussi naïve qu’essentielle : Qui sommes-nous, nous autres, les humains ? Bruno Dumont frappe fort en ce sens qu’il ne laisse pas l’interrogation sans réponse, le mystère inentamé, ni l’enquête policière inachevée. Il y a un coupable et puisque chaque homme est à la fois un individu unique et le représentant de l’humanité tout entière, sa culpabilité nous concerne. Mais peut-être fallait-il en passer par le pire, – ignominie, monstruosité, inconscience, – pour que se réveille le meilleur : lucidité, douceur, compassion. Et pour que Bruno Dumont, radical et captivant cinéaste des corps, devienne un émouvant métaphysicien. » (Louis Guichard, Télérama)






Bruno Dumont, né le mars 1958 à Bailleul (Nord), est un réalisateur et scénariste français. En 1993, il signe son premier court métrage, Paris (Paris), puis l'année suivante, il écrit pour la télévision quatre volets de la série documentaire Arthur et les fusées, ainsi qu'un scénario de court métrage, Marie et Freddy. Ces deux personnages deviennent les héros de son premier long métrage, La Vie de Jésus, qui reçoit le Prix Jean-Vigo en 1997. L'Humanité reçoit les deux prix d'interprétation et le grand prix du jury à Cannes en 1999. Twentynine Palms est sélectionné au festival de Venise en 2003. Flandres reçoit le grand prix du jury au festival de Cannes 2006.

lundi 27 avril 2020

au-dessus des foules obscures • ginette neveu, violoniste – claude debussy, sonate en sol mineur (1948)




D’abord les femmes fatales du cinéma muet ont supplanté les cantatrices. Ensuite les rois du sport sont venus. Le XXe siècle s’est inventé de nouvelles stars et n’a pas craint de les nommer idoles. Quant un avion s’écrasa dans les Açores en octobre 1949, le monde entier reçut, stupéfait, le choc de la mort de Marcel Cerdan, le boxeur tendre qui avait touché le cœur des foules. Dans la même catastrophe se perdait Ginette Neveu, trente ans. Elle n’était que violoniste, elle. Qui donc dans le monde entier, sait ce que sait, une violoniste ? Quand Jacques Thibaud, au soir d’une glorieuse carrière, disparu dans les Alpes, pas davantage il ne fit la « une ». Ni tout l’ensemble Ars Rediviva, quelque part au Portugal. Dans l’indifférence du monde, l’instrument le plus ailé a payé son tribut aux Ailes. Tant pis pour lui. Sa sonorité sublime s’allégeant, s’extasiant, l’invite à poursuivre le destin d’Icare. Comme lui, il se retrouve au sol, fracassé.

Au fait : le violon de Ginette Neveu, on ne l’a jamais retrouvé. La boite était intacte, mais vide. En ce temps-là, dans les petits cafés de la côte, un violoneux, un peu illuminé, se mit à jouer d’un instrument aux sonorités magiques. Les compagnies d’assurances dépêchèrent leurs limiers. Quand ils furent à pied d’œuvre le violon s’était tu. Disparu. Peut-être remonté au ciel ?

Ginette Neveu mourut ! Une violoniste devin légende. Mais son violon, on l’oubliait. Ses disques ne furent presque pas réédités. Né au lendemain de sa mort, le microsillon n’a pas voulu de son Concerto de Brahms ! Justice commence seulement à être rendue. Avec son violon d’ange et son visage de condottière, Ginette Neveu était plus que femme : flamme. Elle avait brûlé les étapes, enfant, des débuts à sept ans, le Prix Wienawski à onze. La guerre l’immobilisa. En 1948, pour ses débuts américains, elle électrisait Carnegie Hall. C’était une douce revanche pour l’enfant prodige, dont la guerre avait fait une débutante attardée. Enfin elle ouvrait ses ailes. On les lui a cassées. Qu’on nous rende au moins, enfin, trente ans après, tout ce que le disque nous a gardé de son chant souverain ! (André Tubeuf)

Claude Debussy, Sonate pour violon et piano en sol mineur
I.Allegro vivo
II. Intermède: Fantasque et legér
III. finale: Très animé

Ginette Neveu, violon
Jean Neveu, piano

Recorded Mar 18, 1948 Abbey road Studios, London

Ginette Neveu est une violoniste française, née le 11 août 1919 au 52 boulevard de Magenta à Paris 10ᵉ arr. et morte dans un accident aérien le 28 octobre 1949 dans l'île de São Miguel aux Açores.

dimanche 26 avril 2020

au-dessus des foules obscures • ljuba welitsch, soprano – richard strauss, salomé (1944)




Ljuba Welitsch fut ce météore, une sonorité argentine, virginale, furieuse. Le feu y était. Pour fixer cette flamme claire et pénétrante, la cire du disque était presque trop molle. Il a quand même essayé, heureusement pour nous. Car Welitsch fut ce phénomène qui ne s’est pas reproduit, et inouï pour une époque aussi prude et artistiquement puritaine que l’après-guerre : une star. Cette star, fait plus inouï encore, n’a rien dû de son éclat au scandale ni au caprice, mais tout, absolument tout, à la voix. Welitsch fut cette énergie gaie et tonique, joyeusement sacrifiée, flambée, dans un éclat de rire. En art, seuls s’acquièrent cette immortalité ardente, toujours jeunes, ceux qui ont su oser tout risquer. (André Tubeuf)

Richard Strauss, Salomé (scène finale)

Ljuba Welitsch, Salomé
Orchestre de la Radio Autrichienne
Lovro von Matacic

Enregistré en 1944

Ljuba Welitsch, née à Borissovo en Bulgarie le 10 juillet 1913 et décédée à Vienne en Autriche le 1ᵉʳ septembre 1996, était une célèbre soprano lyrique bulgare puis autrichienne.