« Nous sommes comme le rêveur, qui rêve et se retrouve ensuite à vivre
à l’intérieur du rêve ». Ce qui soulève la question : « Mais
qui est le rêveur ? » Et c’est à force de bien y réfléchir qu’on est
en droit de se demander si, devant ce monde d’une totale absurdité, nous ne
sommes pas que des rêveurs qui se sont réfugiés au centre de leur rêve et qui poursuivent
leur vie de rêveur sans jamais se réveiller. La phrase citée est le pilier de « Twin
Peaks » de David Lynch, œuvre unique ou le monde est plongé dans l’inconscient
de l’être et n’avance qu’en posant une pierre l’une après l’autre, semblable en
tous points à la thérapie psychanalytique freudienne qui est le seul moyen pour
tenter de sortir de notre enferment dans cet inconscient contraire à la vie. La
non-existence est notre condition première. Tant que nous n’en aurons pas
conscience nous poursuivrons notre chemin dans la mort, dans le noir des
destins inaboutis, dans l’ignorance du monde-support qui devrait nous montrer
le chemin qui mène vers la lumière blanche, celle qui magnifie les vies et les apaisements
doux et chatoyants pour boucler la boucle dans le calme et la sérénité. Mais
voilà ! Nous restons par non-imagination, par non-désir et par non-élan
dans cette non-existence qui efface toutes traces du mouvement perpétuel de la
destinée humaine.
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jeudi 18 juin 2020
lundi 17 juin 2019
le puits au fond du jardin • de l’autre côté...
Vu à travers le tube ou vu de
ma fenêtre, il n’y a plus que le vert touffus des feuilles qui s’agitent sous
la brise des vents et qui laisse passer quelques tâches disparates du bleu
écumé de moutons dociles, informes et stériles qui dés-identifie l’image
immuable des saisons enterrées. Hier, j’ai ouvert la porte qui donne sur la rue
et quand elle s’est refermée, je n’étais plus. Je ne suis pas. Je ne sais pas
où je suis. Suis-je dans un rêve ou suis-je le rêve qui se dissipera en me
faisant disparaître comme le magicien traverse le temps en l’occultant pour le
faire revivre dans le futur ou le passé ? Pendant ce passage improbable,
les hommes poursuivent leur tour de piste qui les ramène inévitablement d'où ils
sont partis en croyant bouleverser le monde de leur non-savoir et de leurs
inventions puériles. Depuis que je ne suis plus ou pas, pas une fourmi, pas un
oiseau, pas une limace. Seuls deux ou trois ectoplasmes croisés dans un sentier
sans fin. Tout est neutre, uniforme, convenu, copier-coller. Pas le moindre
signe de vie. C’est comme si jamais je n’avais ouvert ma porte.
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