Ceux qui croient encore à une
forme de liberté un peu retrouvée à partir du 11 mai se fourrent le doigt dans
l’œil ou/et ailleurs. Nous sommes désormais sous surveillance permanente et le
moindre faux-pas aux lois absurdes et illégales du Roi de France nous vaudra de
retourner en prison pour un bon bout de temps. Remettre en marche les transports
en communs et les écoles et ne pas rouvrir les salles de cinéma, de théâtre, de
concerts, d’opéra, les bistrots, les restaurants, les hôtels et tous les lieux
de vie sociale, est une grave erreur dont nous ne nous remettrons pas. Corne à
Virus est une aubaine pour le pouvoir qui peut museler l’opposition à sa guise
et se servir de chaque français comme un pion que l’on déplace et que l’on
jette. La question est santé ou liberté ? Comme l’a dit un médecin suisse,
Corne à Virus est une simple grippe et la France en fait une catastrophe
mondiale où le citoyen n’a pas le droit à la parole. Pourtant, c’est bien le
citoyen qui est concerné. C’est donc à lui de décider en connaissance de la réelle
réalité, de ses causes et de ses effets. Les médecins officiels et officieux se
chamaillent et s’invectivent entre eux. Les élus (rires) du peuple en sont au même
point. Personne ne sait. Et c’est faux de dire que le confinement – ou prison
bientôt à vie – est la solution. Corne à Virus fait ce qu’il veut. Il est
libre. Pourquoi pas nous ? Sommes-nous si bêtes et si idiots pour ne pas
comprendre cette chose ? Ceux qui veulent bien ouvrir les yeux – s’ils en
ont la capacité – ne peuvent pas ne pas voir le vrai danger : la
manipulation. Nous sommes manipulés par le Roi qui fait de nous tout ce qu’il veut.
C’est l’éternel histoire du marionnettiste et de ses pantins pendus au bout d’une
ficelle et qui n’existent que par le bon vouloir de leur manipulateur.
jeudi 30 avril 2020
mercredi 29 avril 2020
au-dessus des foules obscures • wilhelm furtwängler, chef d’orchestre – ludwig van beethoven, symphonie n°9 en ré mineur (bayreuth 1951)
La revanche de Furtwängler
sur l’Histoire, en ce début des années 50, c’était Salzbourg. A tort ou à
raison, aux années noires de la montée du nazisme, il avait estimé que sa place
était dans son pays : et non point seulement pour aider les musiciens
juifs à demeurer des hommes. Tout simplement, plus simplement, pour faire en sorte
que les musiciens demeurent des musiciens, et que la musique demeure l’espérance
des hommes. Telle avait été, pour cet homme chargé d’honneurs qu’il ne
sollicitait pas, et qu’il porta avec une dignité amère, sa clandestinité. La
musique en ces temps, on l’a dit, c’était la contrebande de la liberté.
Mais Bayreuth, ce fut l’apothéose
et, mieux encore que l’apothéose, tout simplement : l’accomplissement. Là,
avant la guerre, il avait dirigé un Ring et un Parsifal inoubliables. Là,
pendant la guerre, avec ce peu d’artistes de qualité qui lui restait disponibles,
et dans des conditions précaires, il avait donné cet ultime Meistersinger des
festivals que le disque a miraculeusement ressuscité. Comme on avait pu penser
que Furtwängler ne serait jamais débâillonné, on avait pu croire que Bayreuth
ne se relèverait jamais de la guerre et de ses ruines, de l’avant-guerre et de
ses fautes. Pourtant tous deux retrouvaient la parole : et pour ouvrir l’ère
du Nouveau Bayreuth, certes c’est Karajan et Knappertsbusch (avec Wieland
Wagner maître d’œuvre de visions nouvelles) qui dirigeaient les opéras. Mais l’acte
solennel, l’accomplissement sublime, c’est Furtwängler qui l’assuma :
comme Wagner, en 1876, avant d’inaugurer son Palais des Festivals, qui serait
voué à sa seule musique, avait sollicité l’auguste parrainage de Beethoven,
dirigeant lui-même la IXe Symphonie au Théâtre de la Margravine, ainsi, la
veille du grand jour (et trois quarts de siècle tout juste après Wagner), Furtwängler
bénissait Bayreuth renaissant en dirigeant la IXe Symphonie. De l’œuvre
immense, il a donné des lectures plus incandescentes et plus furieusement
sublimées. Mais aucune fois la circonstance n’avait été si vénérablement
solennelle. Le disque était là. Ce qu’il a fixé c’est un instant mystique de l’Histoire
de l’Occident. (André Tubeuf)
Ludwig van Beethoven,
Symphonie n°9 en rémineur, op125, avec Chœurs
1. Allegro ma non troppo, un
poco maestoso
2. Molto vivace
3. Adagio molto e cantabile,
Andante moderato, Adagio
4. Adagio, Allegro molto e
vivace
Elisabeth Schwarzkopf,
soprano
Elisabeth Höngen, contralto
Hans Hopf, ténor
Otto Edelmann, basse
Chœurs et Orchestre du
Festival de Bayreuth
Direction, Wilhelm Furtwängler
Enregistré au Festspielhaus
de Bayreuth le 29 juillet 1951
Il fut l'un des plus importants chefs d'orchestre de l'histoire de la musique classique occidentale, notamment grâce à ses interprétations de la musique symphonique allemande et autrichienne qui font encore référence pour les musicologues et les interprètes actuels.
anniversaire • le chef d’orchestre britannique, thomas beecham, aurait 141 ans aujourd’hui
En savoir plus…
RIMSKY-KORSAKOV: Scheherazade op. 35
III. The Young Prince and the young
Princess 10:42
Steven Staryk (violin)
Sir Thomas Beecham (conductor)
Royal Philharmonic Orchestra
Kirsten Flagstad sings Isolde's
'Mild Und Leise' from Wagner's opera 'Tristan und Isolde'.
Thomas Beecham conducting the Royal
Philharmonic Orchestra
Recorded: 1952 at BBC’s Maida Vale
studios, Studio
Autres anniversaires…
vu à travers le tube • naïfs… naïfs… naïfs…
Encore des milliers de français devant leur télé – ou ailleurs – pour écouter le godillot du Roi de France qui n’a rien dit. On n’en sait pas plus. Le 11 mai n’est plus la date fatidique. On sort de prison ou pas. Les enfants retournent à l’école ou pas. On circule ou pas. On met un masque ou pas. On se fait dépister ou pas. Par contre il est sûr qu’on ne va pas au cinéma, ni au théâtre, ni au concert, ni à l’opéra, ni à la plage. La politique du flou et de l’incompétence est à son comble et la révolution n’a toujours pas éclatée et l’invention de la démocratie est toujours repoussée. Le neuropsychiatre Boris Cyrulnik – qui doit être abonné à mon blog et qui doit lire mon Facebook – a bien expliqué qu’après cette mise à mort de la société voulue par le Roi de France, un sauveur - un Messie – va sans doute se présenter aux français pour leur dire qu’il est celui qui va leur rendre leur liberté et inventer la démocratie. Et massivement à l’unanimité moins ma voix, le petit génie va être élu et va s’empresser de réorganiser le pays en se donnant les pleins pouvoirs. Nous avons connu ça dans le passé. Ils sont si nombreux que je ne peux tous les citer. Mais certains – les plus âgés – se souviennent probablement d’un certain Adolphe H. . Il y en a plein sur cette terre. Il y a aussi pleins de naïfs, des montagnes de naïfs, des océans de naïfs…
mardi 28 avril 2020
cinéma • brunot dumont, l’humanité (1999)
L’Humanité, film de Bruno Dumont
avec Emmanuel Schotte, Séverine
Caneele, Philippe Tullier
France 1999
Voici l’histoire d’un homme simple, jeune, qui sait peu et espère
en chacun de nous. Inspecteur de police Pharaon Dewynter. L’histoire de sa vie
naïve. Un homme strict et humble qui reprend sur lui le mal d’autrui et qui,
sans fin souffre de cette sympathie … Son travail, une enquête sordide,
découvre lentement son désespoir et l’effroi de sa propre culpabilité, une
culpabilité universelle, celle de notre monstrueuse nature. Voici son
sacrifice.
«
Dumont revient obstinément à cette question aussi naïve qu’essentielle : Qui
sommes-nous, nous autres, les humains ? Bruno Dumont frappe fort en ce sens
qu’il ne laisse pas l’interrogation sans réponse, le mystère inentamé, ni
l’enquête policière inachevée. Il y a un coupable et puisque chaque homme est à
la fois un individu unique et le représentant de l’humanité tout entière, sa
culpabilité nous concerne. Mais peut-être fallait-il en passer par le pire, –
ignominie, monstruosité, inconscience, – pour que se réveille le meilleur :
lucidité, douceur, compassion. Et pour que Bruno Dumont, radical et captivant
cinéaste des corps, devienne un émouvant métaphysicien. » (Louis Guichard, Télérama)
Bruno Dumont, né le
mars 1958
à Bailleul (Nord), est un réalisateur
et scénariste
français. En 1993, il signe son premier court métrage, Paris (Paris), puis
l'année suivante, il écrit pour la télévision quatre volets de la série
documentaire Arthur et les fusées, ainsi qu'un scénario de court métrage, Marie
et Freddy. Ces deux personnages deviennent les héros de son premier long
métrage, La Vie de Jésus, qui reçoit le Prix
Jean-Vigo en 1997. L'Humanité reçoit les deux prix d'interprétation
et le grand prix du jury à Cannes en 1999. Twentynine Palms est sélectionné au festival
de Venise en 2003. Flandres reçoit le grand prix du jury au festival de Cannes 2006.
anniversaire • le chef d’orchestre britanique, jeffrey tate, aurait 77 ans aujourd’hui
En savoir plus…
Jeffrey Tate - „Close Up: Tate's
Geheimnis" - 12/12 - „Nimrod" from „Enigma Variations"
Wolfgang Amadeus Mozart - Piano
Concerto No. 9 in E-flat major, K. 271 "Jeune home" 0:32 I. Allegro 11:03
III. Rondeau, Presto
Mitsuko Uchida - soloist
Jeffrey Tate - conductor
Mozarteum Orchestra Salzburg
Haydn, Symphony No 104, Jeffrey Tate
Autres anniversaires…
vu à travers le tube • le moustique-tigre est arrivé…
Pour six français sur dix, le
Roi de France n’est pas à la hauteur de la situation pour accompagner la sortie
des millions de gens qu’il a mis en prison. Le Roi de France n’a jamais été à
la hauteur des situations quelles qu’elles soient. Rien de nouveau sous le soleil.
Quant aux quatre français sur dix qui font confiance au monarque dictateur, je
leur souhaite de se faire décrasser leurs yeux et leurs oreilles entièrement
confinés dans la crasse du dénie habituel, avant de tomber de si haut qu’ils ne
pourront jamais s’en remettre.
Le Roi de France refuse d’encadrer
le prix des masques d’utilité publique semble-t-il. Pourquoi cette nouvelle
discrimination envers les plus démunis ? Les masques ne devraient-ils pas être
gratuits selon la logique de la situation sanitaire que nous connaissons
actuellement ?
Le moustique-tigre est arrivé.
57 départements sont placés en vigilance rouge, 10 en vigilance orange, et le
reste en vigilance jaune. Sur la carte de France aucune trace de zone verte.
Attention au retour en prison en raison de la dangerosité de ce petit animal et
au re-retour en cage pour la deuxième vague de Corne à Virus. Et ce qui est
vraiment curieux, c’est que le Roi en personne n’est atteint par aucun des deux
et continu ses déplacements pervers sur tout le territoire pour encore mieux
narguer ses administrés.
lundi 27 avril 2020
au-dessus des foules obscures • ginette neveu, violoniste – claude debussy, sonate en sol mineur (1948)
D’abord les femmes fatales du
cinéma muet ont supplanté les cantatrices. Ensuite les rois du sport sont
venus. Le XXe siècle s’est inventé de nouvelles stars et n’a pas craint de les
nommer idoles. Quant un avion s’écrasa dans les Açores en octobre 1949, le
monde entier reçut, stupéfait, le choc de la mort de Marcel Cerdan, le boxeur
tendre qui avait touché le cœur des foules. Dans la même catastrophe se perdait
Ginette Neveu, trente ans. Elle n’était que violoniste, elle. Qui donc dans le
monde entier, sait ce que sait, une violoniste ? Quand Jacques Thibaud, au
soir d’une glorieuse carrière, disparu dans les Alpes, pas davantage il ne fit
la « une ». Ni tout l’ensemble Ars Rediviva, quelque part au Portugal.
Dans l’indifférence du monde, l’instrument le plus ailé a payé son tribut aux
Ailes. Tant pis pour lui. Sa sonorité sublime s’allégeant, s’extasiant, l’invite
à poursuivre le destin d’Icare. Comme lui, il se retrouve au sol, fracassé.
Au fait : le violon de
Ginette Neveu, on ne l’a jamais retrouvé. La boite était intacte, mais vide. En
ce temps-là, dans les petits cafés de la côte, un violoneux, un peu illuminé,
se mit à jouer d’un instrument aux sonorités magiques. Les compagnies d’assurances
dépêchèrent leurs limiers. Quand ils furent à pied d’œuvre le violon s’était
tu. Disparu. Peut-être remonté au ciel ?
Ginette Neveu mourut !
Une violoniste devin légende. Mais son violon, on l’oubliait. Ses disques ne
furent presque pas réédités. Né au lendemain de sa mort, le microsillon n’a pas
voulu de son Concerto de Brahms ! Justice commence seulement à être
rendue. Avec son violon d’ange et son visage de condottière, Ginette Neveu
était plus que femme : flamme. Elle avait brûlé les étapes, enfant, des
débuts à sept ans, le Prix Wienawski à onze. La guerre l’immobilisa. En 1948,
pour ses débuts américains, elle électrisait Carnegie Hall. C’était une douce
revanche pour l’enfant prodige, dont la guerre avait fait une débutante
attardée. Enfin elle ouvrait ses ailes. On les lui a cassées. Qu’on nous rende
au moins, enfin, trente ans après, tout ce que le disque nous a gardé de son
chant souverain ! (André Tubeuf)
Claude Debussy, Sonate pour
violon et piano en sol mineur
I.Allegro vivo
II. Intermède: Fantasque et legér
III. finale: Très animé
Ginette
Neveu, violon
Jean
Neveu, piano
Recorded
Mar 18, 1948 Abbey road Studios, London
Ginette Neveu est une violoniste française, née le 11
août 1919 au 52 boulevard de Magenta à Paris 10ᵉ arr. et morte dans un accident
aérien le 28 octobre 1949 dans l'île de São Miguel aux Açores.
anniversaire • création de « musique pour les feux d’artifice royaux » de georg friedrich haendel, il y a 271 ans aujourd’hui
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Georg Friedrich Handel:
Water Music, Music for the Royal Fireworks
[00:00] Variant in F Major
[04:02] Suite No. 1 in F major
[29:52] 12 - Variant in F Major
[33:18] Suite No. 3 in G major
[43:30] Suite No.2 in D major
[53:18] Music for the Royal Fireworks
"English Baroque
Soloists", conductor John Eliot Gardiner
G.F. Händel, Water Music, HWV
348-350
- Overture: Largo-Allegro
- Adagio e staccato
- Allegro / Andante / Allegro da
capo
- Allegro
- Air
- Minuet
- Bourrée
- Hornpipe
- Allegro moderato
- Allegro –
Alla hornpipe
Minuet
- Rigaudon 1 / Rigaudon 2 / Rigaudon
1
- Lentement
- Bourrée
- Minuet 1 / Minuet 2
- Gigue 1 / Gigue 2 da capo
- Minuet
Akademie für alte Musik Berlin
Georg Kallweit, viool/leiding
10 januari 2016, Het Concertgebouw
Amsterdam
Autres anniversaires…
in memoriam • cahiers du cinéma . luis bunuel, los olvidados (1950)
CAHIERS DU CINEMA
N°7, décembre 1951
Lo Duca, Jacques Doniol-Valcroze, André Bazin, rédacteurs en chef
PAR DELA LA VICTIME
LOS OLVIDADOS (PITIE POUR EUX), film de Luis Bunuel
Ultramar Films, 1950
Critique de Jacques Doniol-Valcroze
Dans les chemins que nul n’avait foulés, risque tes
pas. Dans les pensées que nul n’avait pensées, risque ta tête. (Lanza del
Vasto)
Dans ce même numéro, Pierre Kast analyse longuement l’œuvre de Bunuel et
détermine la place qu’y occupe Los Olvidados. Nous ne reviendrons donc
pas ici sur l’ensemble de cette œuvre pas plus que le portrait de son auteur
dont, plus haut, Jean Grémillon, Eli Lotar, Pierre Prévert, Jean Castagnier et L.
Vinès ont tenté de faire apparaître le vrai visage. Il est difficile pourtant
d’isoler des autres ce film, tant, du Chien Andalou aux Olvidados
en passant par l’Âge d’Or et Terre sans pain (et peut-être les
autres films mexicains de Bunuel que nous ignorons), court une même ligne
inflexible et aveuglante, une sorte de long muscle à vif qui soustend l’itinéraire
le plus irréductible, le plus non-compromis de toute l’histoire du cinéma.
Il est difficile par ailleurs de parler du film lui-même. Il est courant en
effet lorsque se rallument les lumières, une fois un très beau film terminé,
que l’on soit capable de prononcer le moindre mot : on est comme l’on dit
familièrement « sous le coup ». Il faut parfois quelques heures pour
retrouver ses esprits. Los Olvidados multiplient indéfiniment ce genre
d’impression : plusieurs jours après la projection on a encore envie de se
taire, on se demande ce que l’on pourrait dire qui mériterait d’être dit. Ce
long cri perçant qu’est Los Olvidados appelle un long silence où se
propagent ses nombreux prolongements. On ne peut traiter ce film comme un autre.
Pas question d’en faire ce que l’on nomme « la critique » et sa forme
même de cri, sa force de percussion interne découragent l’apologétique. Les
images, les mots, les phrases que sa vision suggère postulent beaucoup de
talent dans leur énoncé. Je me récuse sagement et me contenterai d’énoncer
quelques évidences.
Kast parle plus haut du calvaire de Figueroa condamné par Bunuel à ne faire
que des photos grises. Il n’y a pas en effet un plan du film qui puisse
constituer une image esthétiquement belle en soi. Mais de la suite de tous les
plans, de leur superposition nait une des plus belles images du cinéma, la plus
belle en tout cas qu’ait jamais signé Figueroa. Elle s’articule autour de quelques
images clés : le grouin de l’enfant-taureau du début, la colombe promenée
sur le dos de la malade, toutes les terrifiantes apparitions du coq, l’image du
rêve où Pedro saisit le quartier de viande, le lait coulant sur les cuisses de
la petite fille, l’approche hallucinante du « chien galeux » et
l’image finale du cadavre de Pedro roulant dans les ordures.
Y a-t-il en dehors de L’âge d’Or et de Monsieur Verdoux, pareille
tentative de démystification totale ? Bunuel fait pièce de tous les poncifs
de l’écran et même de celui de la violence qui parait dominer le film. Mais le
sang noir dont il irrigue son œuvre n’a rien à voir avec l’utilisation
habituelle de la violence dans le film. Il a fait en sorte que nous ne
pouvons jamais retomber sur nos pieds : ces enfants dépouille un cul
de jatte mais celui-ci paie pour ses frères à pattes incapables de nourrir ces
enfants ; ces enfants lapident un aveugle, lui crèvent son tambour,
l’aveuglant presque une seconde fois, mais cet aveugle est un vieux salaud qui
bat « Petit œil » et pelotes les petites filles, quand meurt le « Kaïbo »,
il rigole, il jouit littéralement d’aise et dit en bavant de plaisir :
« Un de moins ».
Cela ne fait plaisir à personne de constater qu’un aveugle peut être un
sale vieillard vicieux, qu’une mère peut être indigne au point de se réjouir de
faire envoyer son fils dans un pénitencier-ferme-modèle, mais cela est et il
faut beaucoup de courage pour le dire autre part que dans les « chiens
écrasés » des quotidiens du soir et du matin. Bunuel joue d’ailleurs franc-jeu.
Il nous montre une ferme modèle de rééducation et nous la montre telle qu’elle
est : un modèle, parfaite, un directeur sympathique, intelligent et pas du
tout « sublime ». Il ne nie pas la bonne volonté, le désintéressement,
l’effort de ceux qui cherchent à améliorer le sort de l’enfant ou de
l’adolescent. Mais il montre aussi que le problème dépasse l’existence des
fermes modèles : Pedro n’y songe qu’à rosser ses camarades, massacre des
poules ne pouvant massacrer des camarades et quand le directeur lui fait
confiance il prend la clé des champs… involontairement peut-être, mais dans cet
« involontairement » réside le fond du problème. C’est
involontairement sans doute aussi que l’aveugle est un vieux salaud. S’il avait
des yeux, des rentes, une épouse exemplaire et des bambins idem et une
Chevrolet « fluid-drive », il en serait peut-être autrement. Et
encore ce n’est pas sûr. Ce qui est plus sûr c’est la responsabilité des
épouses exemplaires et des Chevrolets « fluid-drive » dans
l’existence des vieux aveugles salauds. Bref ce ne sont pas les individus qui
sont en cause, mais les systèmes. Bunuel a compris d’une part qu’aborder leur
examen c’était en même temps aller au centre de son lyrisme personnel (c’était
une fois de plus parler d’amour et de non-amour) et, d’autre part, il a compris
qu’on ne pouvait tenter cet examen en restant à l’intérieur des postulats
critiques généraux admis… même par ceux qui se moquent des règles morales,
religieuses ou autres mais qui… enfin, tout de même, soyez raisonnable
messieurs… tiennent compte de cette notion élémentaire intitulée le respect
humain. Bunuel dit : je regrette mais ça n’existe pas non plus le respect
humain. Si vous voulez aborder le problème il faut avoir tous les courages, il
faut écarteler les impératifs rassurants, violenter les associations d’idées
les plus consacrées, il ne faut pas reculer devant les liaisons comme :
« mère-indignité » ou « aveugle-saloperie » ou
« drapeau-ignominie » ou « cadavre d’enfant-tas
d’ordures ». Si vous reculez, vous vous condamnez à rester en deça du
problème. La notion de « sacré » est hélas une vue de l’esprit. Et
l’esprit ne postule légitimement le « sacré » que lorsqu’il postule la
notion de liberté.
Bunuel, tranquillement, calmement, sans pose, préoccupé de faire du bon
travail pour pas cher (il a tourné Olvidados en quatre semaines pour
très peu d’argent) applique effectivement ce que nous énonçons gratuitement de
notre fauteuil. Sans contorsion, sans posture, il crève le plafond, franchit
les barrières du respect humain et compagnie et parle sur un terrain où se
croisent tous les vents. Chacun de ses mots tombant de cette rose noire, à la
fois pure et puante, des alcyons, tombe vrais poètes de l’écran, il est aussi –
avec Chaplin et Eisenstein – le seul « moraliste » qui ne fasse pas
sourire. C’est pourquoi aussi une fois franchies toutes les barricades, bravées
toutes les messes grises ou pourpres, l’œuvre de Bunuel est une des rares dont
la corrosive révolte permette au bout du labyrinthe de repenser – ou plutôt de
penser pour la première fois – à ces bouleversantes balançoires : la bonté,
l’amour, la joie de vivre et d’entrevoir par delà les brouillards de l’avenir
les mystérieuses apparences en forme d’armures de l’intégrité et de la
fraternité.
Bien sûr, il faut maintenant s’excuser de cette exaltation car les revues
de cinéma, après tout, peuvent tomber entre toutes les mains. Mais la pudeur
est une vertu aussi mineure que l’exhibitionnisme. Alors tant pis, de toute
façon c’est toujours la caravane qui aboie et les chiens qui regardent passer,
assis étonnés sur leur brave derrière de braves chiens. (Etonnés de ce
contre-sens de gendarmerie : Los Olvidados = Pitié pour eux… mais
non, où avions-nous la tête de brave chien : il s’agit des spectateurs). N’exprimons
donc que notre reconnaissance et répétons ce que disaient à Chaplin en 1927 les
signataires de « Hands of love » : « La terre à vos pieds
s’enfonce. Merci à vous par delà de la victime.
J D-V
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